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Répertoire

1. sans titre

2. sans titre

3. sans titre

4. première cathédrale

5. sans titre

6. sans titre

7. sans titre

8. la maison des trois petits cochons

9. sans titre

...

10. première maison

11. sans titre

12. sans titre

13. seconde cathédrale

14. la maison ronde

15. sans titre

16. sans titre

17. sans titre

18. sans titre

...

19. sans titre

20. sans titre

21. sans titre

22. sans titre

23. sans titre

24. sans titre

25. sans titre

Richard Greaves
Archisculpture et poésie du territoire

« La maison bien enracinée aime avoir une branche sensible au vent, un grenier qui a des bruits de feuillage. C’est en pensant à un grenier qu’un poète écrit L’escalier des arbres. On y monte .» Cette phrase de Gaston Bachelard semble faire écho à la démarche de Richard Greaves, dont le travail évoque les architectures de Clarence Schmidt – la House of Mirrors et la Silver Forest – aujourd’hui détruites, tout comme l’Arche de Kea Tawana situé aux États-Unis. Les « architectures brutes » de Richard Greaves sont édifiées au rythme des saisons depuis 1982 sur une quinzaine d’hectares de deux parcelles forestières, en Beauce. La sculpture chez Richard Greaves, ce pourrait être la rencontre heureuse d’une planche à repasser, d’un écran d’ordinateur abandonné et de l’excroissance verruqueuse d’une épinette. Les amoncellements d’objets récupérés quasi innombrables dans leur disposition labyrinthique, balisant parfois un sentier invisible pour le promeneur, conduisent à une quinzaine de sculptures monumentales installées sur le site. >>

La démarche nous conduit dans une architecture de l’inversion à travers une promenade déstabilisante, un effort physique vers la découverte. Dans ses archisculptures les assemblages de chambres et d’antichambres se suivent à angles variés et les systèmes de circulation paraissent ne jamais vouloir atteindre l’orée de la séquence prochaine. Pour arriver aux étages supérieurs des cabanes, on doit grimper, en passant d’un escalier aux brindilles suspendues par un tissage, vers une échelle qui s’enfonce dans une pente de toit comme un plancher, à un stratégique raccord de cordes occupant tout un large passage vertical. L’impact de ces sculptures sur nos corps s’exprime au mieux dans cette montée sur une échelle dont l’inclinaison s’oppose aux habitudes.

L’expérience défie les lois de la pesanteur en nous imposant des transferts de poids adaptés à la situation. Pour « habiter » ces sculptures imposantes, il faut les escalader plusieurs fois afin de mémoriser les gestes imposés par leurs formes. La Maison des enfants oiseaux, autrement nommée La Maison des filles ou encore La maison des trois petits cochons est la jonction de trois structures réinterprétant chacune l’espace d’un souffle différent, variations sur le thème de l’effondrement. Travaux singuliers et grandioses, les œuvres architecturales de Greaves expriment la maîtrise du déséquilibre et d’un mouvement si lent que la chute, jamais perçue, n’est que ressentie. Dans ses réalisations plus récentes, Greaves tisse des architectures à partir de rebuts de cordes et de bâches en polyuréthane utilisées par les agriculteurs pour protéger les meules de foin. Il se fait alors architecte de réseaux liant l’image de l’abri à celle du hamac ou encore à la menace du piège, comme de gigantesques toiles d’araignées aux entrelacements délicats. Le contraste entre les matériaux récupérés des maisons-sculptures de Greaves et la nature environnante forge un dialogue et inspire un sens narratif à l’ensemble. >>

Les sculptures de Richard Greaves renvoient à l’image du cocon, de la toile d’araignée, du terrier et du nid, comme si l’architecture animale avait inspiré les gestes de l’artiste. Dans un certain sens, c’est la maison primitive, l’abri, la hutte et le tipi. Sur un mur de La Maison des trois petits cochons on peut justement lire : « C’est un véritable retour aux sources (et à soi-même), à un certain primitivisme, paganisme aussi, où chacun peut être son propre médiateur, son propre officiant. […] Créativité en acte qui met-en-scène et au monde cette conscience à l’environnement, cosmogénèse de la globalité ». Les arbres traversent les bâtiments ; ils jouent le rôle de piliers, de colonnes, de piédroits ; les portes sont délibérément ouvertes et ainsi figées elles deviennent arcs et voussures ; les fenêtres sont ici autant de tableaux ouverts. Sans contredit, l’œuvre de Richard Greaves nous renvoie à la notion d’environnement. « Nous ne visons plus le chef-d’œuvre », écrit-il, « l’important est le processus non le produit.»

Katherine Lapierre

Richard Greaves a reçu en 2002 le Prix de reconnaissance de la Société des arts indisciplinés (SAI). L’exposition Richard Greaves. Anarchitecte s’est tenue à la Fonderie Darling à Montréal du 7 octobre au 20 novembre 2005. On a pu y découvrir l’installation in situ créée par Richard Greaves à partir des matériaux tirés de bâtiments démantelés. L’œuvre, de nature architecturale, était accompagnée d’un ensemble de photographies grands formats de Mario del Curto, d’une installation sonore de Stéphane Mercier et de deux documentaires sur cet environnement d’art – l’un de Bruno Decharme et l’autre de Philippe Lespinasse. Ce projet a ensuite été présenté à la Andrew Edlin Gallery à New-York (janvier – mars 2006), à la Collection de l’Art Brut à Lausanne (octobre 2006 – janvier 2007) ainsi qu’à la Pulperie de Chicoutimi en 2007.